C’était pourtant une bonne journée, j’avais passé un sacré moment au lit avec Cathy.

Ça faisait déjà quelques mois qu’on se voyait régulièrement, quand son mari partait « en tournée », ce qui dans son cas signifiait autant vendre des climatiseurs que rafraîchir ces dames échauffées par son physique de latino. Ça m’enlevait mes états d’âmes, de toutes façons Cathy a toujours eu un truc spécial pour soulager les états d’âmes.

Y en a qui font du crochet en attendant Monsieur, moi je préfère baiser.

Le terme explicitait parfaitement l’ardeur joyeuse, presque naïve même, qu’elle mettait à cette activité.

Nous baisions donc avec frénésie, sans perdre de temps à disserter sentiments, et ça m’allait très bien.

Le scénario ne variait guère : elle m’appelait pour un dépannage d’urgence et j’accourais avec mon sourire du moment, ça le faisait bien.

Cathy me recevait dans des tenues qui mettaient en valeur au choix, selon son humeur, ses hanches bien arrondies, ses fesses pleines et mutines, son petit ventre frémissant ou sa chatte soigneusement épilée. Elle savait trouver l’attitude appropriée que je percevais comme un appel assourdissant. Nous nous épargnions les politesses pour succomber à l’urgence.

Elle voulait que je commence par la lécher longuement partout, d’abord le cou, puis au gré de ma fantaisie. Je lui tétais les lobes d’oreilles, égrainais sa colonne vertébrale, m’attardais au creux des reins, lui mordillais les fesses. Ou alors je glissais illico mes doigts dans sa chatte. Elle couinait de ravissement, j’aimais la sentir ruisselante et affamée.

Chacune de mes variations lui arrachait un veulement, elle roulait sur le lit pour que je revienne la cueillir. Je jouais ainsi malicieusement avec le galbe de ses tétons, l’arrondi de son ventre, le creux de son nombril ou le pli de son aine.

Quand elle n’en pouvait plus, elle me suppliait de la prendre. Mais c’était mon jouet, alors souvent je continuais à titiller son petit bonbon sucré jusqu’à ce qu’il devienne écarlate comme une cerise trop mûre.

Parfois aussi je cédais à son impatience et plongeais mes doigts dans sa grotte mousseuse de gourmandise. Elle se creusait pour mieux m’accueillir, gémissait au rythme de mes va-et-vient, accélérant ou ralentissant suivant son humeur. Je la léchais en même temps par petits coups appliqués, puis quand je la sentais prête, je lui glissais un doigt entre les fesses et elle explosait en hurlant, comme un feu d’artifice. Ensuite je continuais à sucer son clito en lui branlant le cul parce qu’elle venait par saccades plusieurs fois, elle disait que je la vidais de partout.

Cette fois elle avait voulu me lécher en même temps, on s’était emboîtées sur le lit et sa langue m’affolait, elle me glissait aussi un doigt dans chaque trou pour me branler en alternance. Moi, je la baisais frénétiquement pour ne pas être en reste et on a joui ensemble. Ensuite je l’ai prise furieusement parce qu’elle ne voulait pas s’arrêter, elle n’en finissait plus de me juter sur la main en râlant comme une possédée.

J’avais gardé l’odeur de sa chatte sur mes doigts, saveur forte et un peu musquée, comme un sous-bois en automne mais avec un arrière goût encore fleuri, presque sucré. 

 

Ça fait bizarre de parler de tout ça au passé. Merde, j’ai rien de la veille routière qui jette un regard nostalgique sur ses plus belles virées...

Bref, en la quittant, j’avais repris mon Transit direction la zone industrielle. Je sifflotais gaiement en écoutant un vieil Eurythmics, genre euphorie post-coïtum, la vie était une bonne vieille copine avec qui je m’en payais une sacrée tranche.

J’avais un contrat avec une entreprise pour quelques heures de ménages dans les bureaux en soirée, plus petit bricolage si nécessaire. C’était une bonne planque payée réglo le premier de chaque mois, simple et efficace. J’ai toujours aimé bosser la nuit pour éviter les embouteillages et les collègues agglutinés à la machine à café, je ne suis pas du genre commérage au taf.

Ce soir-là les lumières de l’étage étaient restées allumées. Le patron finissait souvent tard, alors je ne me suis pas affolée. J’ai commencé par jouer de l’aspirateur dans le hall d’entrée, puis j’ai astiqué l’ascenseur avant de secouer le plumeau dans les escaliers. La routine, quoi.

A l’étage, j’ai attaqué le couloir par l’autre bout, c’est-à-dire le bureau des comptables, le DRH puis la secrétaire de direction. Des voix me parvenaient de chez le boss, il se la jouait prolongations en équipe, à moins qu’il n’ait choisi cette heure tardive pour engueuler un de ses sous-fifres, quoi qu’il en soit ça chauffait dur.

Mais quand je suis entrée dans la salle de réunion, j’ai compris qu’il y avait un bug.

C’était le patron qui se faisait engueuler, et dans des termes qui ne collaient pas vraiment avec le mobilier design, ni les consignes de savoir-vivre en collectivité accrochées un peu partout.

T’as voulu me baiser mais t’as pas les burnes pour ça, beuglait le marlou. Je veux mon pognon et fissa !

Allons, ne vous énervez pas, on peut trouver une solution, plaidait le PDG.

Pas difficile de répartir les rôles.

Peu inspirée par une place de figurante, je glissais mon chiffon en sourdine sur le mobilier. Avec un peu de chance, j’espérais pouvoir filer incognito dans le couloir sans demander d’autographe. Tant pis pour les poubelles. Mais bien sûr ça ne s’est pas du tout passé comme ça.

Brusquement j’ai entendu la voix du patron couiner un truc du genre :

Hé, vous allez pas faire ça !.... pitié !

Peut-être même a-t-il ajouté qu’il avait une femme et des gosses, enfin la réplique qui vous coupe l’élan et réveille une espèce de curiosité morbide.

Évidemment, j’aurais dû suivre mon plan, mais au lieu de ça, je me suis avancée pour jeter un œil dans l’entrebâillement de la porte. Et j’ai tout vu.

Le PDG avait perdu son air suffisant, blême et sanglotant dans son costard Cerruti il fermait les yeux et bégayait une prière. Sur son front, le canon d’un flingue tenu par une caricature de tueur version Tarantino.

En un regard j’ai enregistré ses cheveux longs attachés en queue de cheval, son trait de barbe soulignant la géométrie du menton, ses grands yeux noirs à la méchanceté renforcée au crayon, ses lèvres pleines et boudeuses déformées par un rictus haineux.

J’ai compris qu’il allait le faire quand l’autre a bavé un deal genre  « je te donnerai tout ce que j’ai » qui a échoué sur un ricanement méprisant.

Mais t’as plus rien, empaffé !

Ça n’a pas fait un pli : j’ai vu le crâne exploser tandis que le visage gardait son masque épouvanté. Les morceaux d’os et de chair ont formé une fresque écarlate sur le mur derrière alors qu’un couinement d’horreur jaillissait de sa gorge.

Non, de MA gorge !

J’ai fermé la bouche une fraction de seconde trop tard.

Nos regards se sont croisés et j’ai compris que j’avais un nouveau fan.

Par chance, j’étais plus près de la sortie et je connaissais mieux la maison.

Par chance encore, il jurait plus vite qu’il ne courait. Son galop renvoyait un tempo irrégulier, comme si une de ses jambes ne pouvait pas tenir la mesure.

J’en ai profité pour pulvériser mon record personnel et mes fesses étaient dans mon Transit avant qu’il n’atteigne le hall d’entrée. Je l’ai laissé gesticuler dans le rétro pour m’offrir un petit rallye entre les ronds-points. Les hurlements du moteur couvraient à peine les battements de mon cœur tandis que la peur et la nausée se disputaient le privilège de me retourner l’estomac.

J’ai traversé toute la ville un œil rivé sur le rétro, persuadée que j’allais y voir surgir un 4x4 ou une berline sombre aux vitres teintées. A la télé, les tueurs ont rarement des petites chiottes couleur carnaval, mais dans l’état où j’étais même une Twingo me mettait les nerfs en pelote.

Je n’ai pu me laisser aller qu’après avoir enfin franchi le portail du parking de l’hôtel. J’ai alors abandonné le rétro pour me fondre dans le dossier et l’appui-tête. Les images se sont mises à tourner en boucle sur l’écran du pare-brise avec un unique sous titre : « c’est la cata ».

Mais j’étais encore bien en dessous du truc.

 
 

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